Elle revient encore sur la tapis celle-là… Le confinement me bloquant à quai, j’ai profité des deux premières semaines de confinement pour avancer dans les travaux que j’avais prévu pour plus tard.

Jusqu’ici, j’avais évoqué à plusieurs reprises les travaux et les problématiques rencontrées vis-à-vis du lest qui est situé dans la partie avant de la quille. Dans cet article, je parle du traitement de la partie arrière qui elle est creuse.

Fermer les yeux

Pendant ma première inspection du bateau, j’avais largement été optimiste quand à l’état de la partie arrière de la quille. La raison à cela est qu’elle héberge les trois réservoirs souples d’eau douce, et donc l’accès est très limité.

Fraîchement propriétaire du bateau, mon approche était de modifier le moins possible les systèmes du bateau. Je pars du principe que la personne qui les a mis en place avait de bonnes raisons de faire ainsi. Je préfère donc d’abord comprendre en utilisant, puis régler ce qui est réellement important. Le but étant de ne pas me jeter immédiatement sur des modifications qui s’avèreraient inutiles par la suite.

L’idée est juste sur la papier, mais pour ce qui est de l’inspection des fonds, il faut bien faire. Ensuite et de toute façon si je n’avais pas fait semblant de regarder, j’aurais gratté à l’entrée du compartiment et constaté les dégâts.

Bref, je suis confiné, je vérifie mes fonds et constate que j’ai une petite fuite d’eau douce. Je me lance alors dans le démontage de tout ça, pour faire par la même occasion l’inspection bâclée qui traînait quand même dans un coin de mon crâne, comme une vielle culpabilité silencieuse.

Rien qu’au visuel la rouille est flagrante, il va falloir faire un traitement en profondeur. Le grattage avec un tournevis plat le confirme, une plaque de 10cm de peinture s’enlève toute seule ! C’est parti pour un nouveau chantier.

Le genre d’endroit idéal pour utiliser des produits toxiques !

Un réservoir désaffecté

Cet endroit en particulier de la quille se situe sous le moteur. C’était à l’origine le réservoir de gazole. Le précédent propriétaire l’avait dans un sal état et l’avait ouvert et traité en 2012 ou 2013. C’était donc devenu alors un nouvel espace, un compartiment.

Au moment de l’opération, il avait trouvé un dépôt « boueux » au fond. Tout a été nettoyé et sablé autant que faire se peut. Certaines parties des parois sont encore aujourd’hui grasses.

Pour rendre le compartiment accessible au traitement, des cloisons non structurantes ont été retirées. Seule une dernière petite est resté en place, tout au fond.

Je dis non structurantes car elles ne sont soudées que sur babord par quelques points de soudure. Je déduis donc que leur fonction était de donner à la quille son profil lors de la fermeture de la tôle tribord pendant la construction. Ou alors, c’était pour éviter que le gazole ait du ballant d’avant en arrière pendant la navigation.

Le bas du compartiment (la semelle du la quille) a pu être complètement nettoyée et donc une couche d’époxy a été posée. Pour les parois, n’ayant pas réussi à obtenir la surface adéquat, une peinture bitumineuse avait été préférée.

Évolution après huit ans

La vache à eau qui est installée dans ce compartiment est un réservoir souple de 90L qui s’appuie sur les parois lorsqu’il est plein. La différence de température entre l’eau du réservoir et la paroi était source de condensation. On a donc les conditions idéales pour la rouille.

Huit ans après, le résultat est sans appel: la partie sous l’époxy est lisse et propre tandis que sous le bitumineux la tôle est toute rouillée, grenue. Au dessus, la où le réservoir ne s’appuit pas la paroi est légèrement piqué, mais pas beaucoup plus.

La petite cavité du fond

Tout au fond du compartiment se trouve une dernière cloison. En bas de cette cloison se trouve un trou duquel on peut voir des morceau de rouille.

C’est inquiétant de savoir qu’il y a une cavité là derrière qui n’a jamais été traitée depuis 45 ans et de laquelle il « dégueule » de la rouille.

Pas de place pour passer une disqueuse, enfin si mais à bout de bras je ne le ferais pas, encore moins à flots. Je fais donc un trou, qui me permet de prendre une photo et injecter des produits.

Mise en application

Le traitement curatif

Sur du bitumineux, on ne peut rien mettre d’autre que du bitumineux. À moins d’enlever le bitumineux…
Le compartiment fait au plus large 30cm de large, autant dire que je n’y arriverais pas.

Je me suis donc rabattu sur la solution suivante: je vais refaire la même chose, c’est à dire Epoxy en bas et bitumineux au dessus. Je vais tenter de retirer au ciseau à bois un maximum de bitumineux afin de pouvoir augmenter la surface que je traiterais à l’époxy, diminuant ainsi celle que je recouvrerais à nouveau de bitumineux.
Je ne pourrais pas décaper les surfaces correctement, donc avant de les peindre je les traiterais à l’acide phosphorique. La phosphatation qui a lieu entre la rouille et l’acide permet de la passiver.

En ce qui concerne la petite cavité, je finirais par elle. Je la nettoie avec une brosse de plomberie via le trou que j’ai fait dans la cloison. Ensuite, je la traite à l’acide phosphorique et laisserais ainsi après rinçage / séchage et vaporisation de Rustol. Lors de la prochaine mise à sec, je découperais la cloison avec l’outil idéal qu’on m’aura conseillé d’ici-là.

La solution préventive

Errare humanum est, perseverare diabolicum

Sénèque

Si je ne suis pas vraiment en mesure de changer la protection de l’acier pour une meilleure, je peux tout à fait essayer de limiter les conditions propices au développement de la rouille. Alors pourquoi s’en priver?

Comme décrit plus haut, je suppose que l’humidité se condense sur les parois du réservoir d’eau. Celui-ci étant souple, il s’appuie sur les taules d’acier, ça suinte, reste constamment humide et donc rouille.

En plus de poser un isolant, mon idée est de faire des sommiers pour ventiler et supprimer la zone de contact. Dans mon bateau en Norvège, j’avais de la moisissure qui apparaissait sous mon matelas, j’avais construit un sommier pour régler ce problème, et avec succès. Je pense que faire la même chose avec mon réservoir devrait permettre d’au moins doubler la durée de vie de mon traitement.

L’idéal serait de pouvoir ajouter à cela un renouvellement de l’atmosphère là-dessous. Mieux que l’idéal encore, ça serait de poser un capteur mesurant l’humidité, qui déclencherait le renouvellement de l’air au dessus d’un seuil.
Mais bon, d’abord l’isolant, puis peut-être un sommier !

Nettoyage, décapage

Une tâche pour ainsi dire désagréable. Avec la place pour un seul bras, elle se révèle longue et fastidieuse. La semelle étant recouverte d’époxy et fibre de verre, chaque millimètre gagné est une victoire. Je pose mon ciseau à bois, prend mon marteau avec ma seule main opérationnelle et frappe sur le ciseau. Je repose le ciseau, je refrappe, et ainsi de suite…

Une fois le gros de la rouille retirée, je traite la rouille à l’acide phosphorique et ce 4 fois. Je l’applique au pinceau, attends 10 à 12 heures et nettoie à grande eau. Le nettoyage rempli la quille, je pompe l’eau avec la pompe de cale puis termine à l’écope, puis à l’éponge. Il me faut une heure entre le début du nettoyage et sa fin au sec.

La phosphatation est flagrante la rouille vire du rouge orangé au bleu argenté. Je pense qu’elle change de volume aussi car entre deux traitements j’arrive à gratter des zones qui se décollent plus facilement.

Après 4 applications d’acide phosphorique, la différence est flagrante. À gauche avant, à droite après le traitement.

Peintures époxy et bitumineuse

Une fois la rouille convertie, je passe à l’époxy. Ce sont bien six couches que je pose, avec un temps de séchage de 12 à 18 heures. Malgré le printemps et mon chauffage calé au fond de la quille toute la nuit, la température de l’eau impose un temps de séchage et polymérisation relativement long.

3ème couche d’époxy

La mise en pratique est assez compliquée. Je dois y aller en apnée car sinon l’humidité de ma respiration chaude se condense contre les parois refroidies par la mer. Or, il y capital que la paroi soit bien sèche avant la pose des peintures, surtout de l’époxy. En plus de l’apnée, je fais en deux fois entre lesquelles je poste le chauffage pour être certain que c’est bien sec.

La dernière couche d’époxy en blanc et le bitumineux au dessus en noir.

Le pire est avec la peinture bitumineuse. Une peinture bitumineuse c’est un truc comme le blaxon ou le coaltar. Donc là je suis vraiment obligé d’y aller en apnée et faire en deux plusieurs fois entre lesquelles je sors prendre l’air 5 minutes pour que ma tête arrête de tourner.

Une bonne chose de faite.

Et pour finir

Du papier bulle, du scotch double face et enfin une bière.

Last Updated on 9 juin 2020 by Vincent